En 1964 à New York une jeune femme Kitty Genovese, est poignardée devant son immeuble du Bronx. Au moins huit personnes assistent à la scène et aucun n’appellera la police. Pour son premier roman, Ryan David Jahn s’inspire d’un fait divers bien réel qui a donné son nom à un phénomène psychologique (effet du témoin ou syndrome Kitty Genovese) : il est moins probable qu’un témoin intervienne s’il est entouré d’autres témoins que s’il est seul.
L’auteur s’attache à retracer les destins individuels, sur un laps de temps de deux heures, qui amènent huit personnes à ne pas intervenir devant l’agression d’une femme. Sans tomber dans le cliché, il parvient à recréer une ambiance sombre, un climat de ségrégation oppressant et à dresser des personnages consistants. Le point de vue est presque exclusivement celui des témoins et c’est bien eux qui nous font réfléchir, non pas sur l’acte en lui-même et l’inhumanité qui l’habite mais sur l’absence de réaction de chacun, une sorte d’apathie générale, de désintéressement face à la barbarie la plus crue. Non seulement nous sommes tous des bourreaux en puissance (Milgram nous l’a fort justement fait remarquer) mais nous sommes également des lâches. Un très bon premier roman, extrêmement prometteur.
Etienne
rédigé par Etienne Angot, le 14 mars 2012