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-  Les rencontres du Merle moqueur
 
Rencontre avec Pierre et François Place

Vendredi 12 mars 2010 - 17h00

François Place, c’est un artiste doué pour les mots autant que pour les images, ça épate. Ce sont des histoires qui nous emportent, qui nous font voyager dans un monde aussi imaginaire qu’il pourrait être réel, dans un autre temps. C’est l’histoire de l’homme dans ce qu’il a de plus merveilleux, de plus curieux et de plus cruel.

Ce n’est pas un hasard s’il est l’illustrateur des romans de Michael Morpurgo - Le royaume de Kensuké, Le roi de la forêt des brumes - et de Timothée de Fombelle - Tobie Lolness ; comme dans ses albums il y est question d’exploration de la nature et de l’humanité.

Pierre Place, quant à lui s’occupe aussi des mots et des images mais en bande-dessinée. C’est d’abord une participation à Paroles sans papiers et puis Le Rallye.

LE RALLYE est un bar de quartier populaire.

 

Autour de lui tourne toute une faune d’habitués, plus ou moins adaptés à la vie : flic, magouilleur au grand coeur, serveuse paumée, immigré intégré ou pas, retraités, alcooliques, joueurs de cartes...

 

A travers les petites histoires qui émaillent ces habitués, Pierre Place dresse un portrait au lavis clair obscur de bons nombres de ces quartiers qui oscille entre les laissés pour compte et les démerdards.

 

 

 

 

Avec François Place, un premier album, Les derniers géants, totem du meilleur album 1992, nous emmène à la suite d’Archibald Leopold Ruthmore, explorateur de son temps, à la recherche du peuple des géants.

"C’est au cours d’une promenade sur les docks que j’achetai l’objet qui devait à jamais transformer ma vie : une énorme dent couverte de gravures étranges. L’homme qui me la vendit, un vieux matelot tanné et blanchi par des années passées dans les mâtures, prétendait la tenir d’un harponneur malais rencontré au cours d’une de ses lointaines campagnes de chasse à la baleine. Il en demandait un bon prix, prétextant que ce n’était pas une vulgaire dent de cachalot sculptée, mais une "dent de géant", sorte de talisman dont il se séparait à regret, poussé par les nécessités d’une vie que l’âge avait fini par rendre misérable.

Je pensai à une supercherie, mais l’histoire était belle, et j’emportai la pièce pour deux guinées."

L’Atlas des géographes est un magnifique objet en trois volumes qui nous embarque,sous la forme d’une chronique de vie ethnographique, du pays de Amazones à celui des Zizotis en passant par le désert des Pierreux et le fleuve Wallawa.

Le vieux fou de dessin nous plonge dans la vie d’Hokusai à travers les yeux de son petit apprenti que les estampes du maître font rêver.

Le roi des trois Orients, est l’histoire du long périple de la Grande Ambassade pour rendre visite au roi de ce pays lointain. Les illustrations de cet album sont en fait une seule et même frise où l’on voit se succéder les paysages et s’égrener le temps.

La fille des batailles, prix Baobab 2007, c’est Garance, seule rescapée d’un naufrage dans le sud ouest de la France au XVIIème siècle, qui, en grandissant ,tombe amoureuse de Bastien le violoniste, au risque de déplaire au Seigneur et de voir la guerre les séparer.

Suivez enfin les aventures de Gwen le Tousseux, dans son dernier roman La douane volante.

 

" N’en déplaise à Baudelaire, François Place est un poète, « un prince des nuées » et « ses ailes de géant » ne l’empêchent pas de marcher, d’arpenter des territoires inconnus, oubliés, de leur donner vie, en mots et en images. A l’étroit dans une littérature codifiée, qui rejette les utopies, étiquette « cela » pour la jeunesse, « ceci » pour les adultes, François Place s’est créé un univers au-delà du temps, un monde imaginaire - démons et merveilles. Depuis Les Derniers Géants, sans omettre sa trilogie L’Atlas des géographes d’Orbae, François Place construit une oeuvre dans laquelle textes et illustrations rivalisent d’inventions, d’espérances pour raconter le fabuleux destin de l’Humanité.

Il fallait bien qu’un jour ce prodigieux conteur, géographe de l’âme humaine dans la lignée des Stevenson, Melville, Verne, Conrad, abandonne ses pinceaux pour ne garder qu’une plume mirifique et se lance dans un premier roman. La Douane volante, titre énigmatique, reprend les obsessions de l’artiste : les territoires en clair-obscur, contrées d’un réalisme foudroyant ou improbable ; les guerres et leur lot de folies, de blessures ; les enfances volées, abandonnées ; les figures de miséreux condamnés au silence, de soldats armés d’innocence en lutte contre l’arbi­traire. Gwen Le Tousseux, narrateur de ce roman universel qui flirte avec les légendes, porte en lui les rêves et les cauchemars de l’auteur. 1914. En Bretagne. La guerre avale les jeunes garçons. L’orphelin, initié au don de guérison, est happé (ou le croit-il) par l’Ankou, l’ouvrier de la mort. Il se réveille au pays d’où l’on ne revient jamais - l’enfer ? Gwen, prisonnier d’une cour des miracles, découvre la sauvagerie, l’esclavagisme, la terreur, manigancés par cette douane volante, espèce de police aux pouvoirs hallucinants. Il connaît la peur, la solitude, la trahison, l’amour et l’amitié aussi, apprend la médecine auprès de vieux sages, lutte contre l’ignorance, et avec au ventre une volonté farouche, n’abdique jamais. Il veut fuir ce monde d’épouvante...

François Place peint des atmosphères de mystère, de lumières ténébreuses, raconte en filigrane une éternelle lutte pour la dignité, quand la raison triomphe de l’ignominie. Du pur François Place le tendre." Martine Laval pour Télérama