Bureaucratics
Banning, Jan
1945-1949 : repartir à zéro, comme si la peinture n’avait jamais existé
catalogue de l’exposition au Musée des beaux-arts de Lyon - sous la direction de Eric de Chassey et Sylvie Ramond
Max Ernst : une semaine de bonté, collages originaux
sous la dir. de Werner Spies
Max Ernst : une semaine de bonté, collages originaux
sous la dir. de Werner Spies
Gallimard
408 p., illustrées
45 €

Pour la première fois en édition française depuis 1978, dans son intégralité et avec une qualité de reproduction d’une grande beauté, voici l’ensemble de collages que Max Ernst composa en 1933. Cette publication accompagne, et inversement, l’ exposition au Musée d’Orsay, une première depuis 1936. Un événement.

 

Les 184 collages qui composent un "roman" sont répartis en 7 jours, en commençant par le dimanche ; une sorte de genèse biblique, en somme, mais à la façon surréaliste. A chaque jour est associée une couleur, un élément (la boue, le sang, le feu...) et, souvent, un exemple ("La cour du dragon", "L’île de Pâques"...). Le matériau de l’artiste est tiré de gravures populaires - et démodées à son époque - du XIXe siècle. Mais l’inspiration feuilletonnesque (fantômes et femmes pâmées, monstres et curés) n’est pas tout. Il est bien entendu que la compréhension d’un collage ne saurait se déduire de l’origine des éléments qui le composent. Non plus que les techniques utilisées : recouvrements, rapprochements hardis, renversements des figures, grattage, passages de certaines parties au blanc, retravail au crayon... L’image créée est inédite, un monde en soi. L’homogénéité des gravures originales (des gravures sur bois surtout) facilite la création de cette nouvelle image, effaçant les frontières entre les morceaux collés. C’est à une étonnement constant auquel nous convie Max Ernst, à entrer dans un monde qui tient à la fois du fantastique et de la poésie, figurant le désir et le pouvoir, renversant les valeurs établies.

 

Comme la reproduction des collages (à taille réelle), l’appareil critique est parfait ; Werner Spies, spécialiste de Max Ernst, en est le maître d’oeuvre ; et c’est à son texte, et à celui des autres rédacteurs, qu’il faut se remettre afin d’approcher cette oeuvre magistrale. Mais on peut aussi se laisser porter, au gré des images, en feuilletant ce roman à nul autre pareil, qui est aussi un film, surréaliste bien sûr.