L’Arabe
Audouard, Antonin
Honecker 21
Cendrey, Jean-Yves
Maria avec et sans rien
Didion, Joan
Paramour
Doris, Stacy
Invention des autres jours
Dupuy, Jean-Daniel
Zone
Enard, Mathias
Le sang noir
Guilloux, Louis
La couronne verte
Kasischke, Laura
L’exposition
Léger, Nathalie
Maria avec et sans rien
Joan Didion
Robert Laffont
Traduit par Jean Rosenthal. Collection Pavillons poche, 231 p.
7,90 €

Joan Didion, auteur du récent L’année de la pensée magique (Grasset), un récit précis, poignant et magnifique sur les jours qui ont suivi la mort de son compagnon, est un auteur très connu aux Etats-Unis, comme journaliste et romancière, mais beaucoup moins en France... et c’est bien dommage. Laffont, dans sa collection Pavillons poche, réédite ce roman culte paru en 1970.

Hollywood, une maison avec piscine, les autoroutes sans fin, la lisière du désert californien, la cruauté et la superficialité des rapports entre les gens du milieu du cinéma, le désespoir et la vacuité, en 84 scènes précises, denses, nettes, chacune en suspension, et apportant par petites touches une compréhension de l’histoire et de la situation de Maria, comme dans un miroir brisé.

Maria Wyeth est une petite actrice qui a connu un petit moment de célébrité mais est à la dérive, comme à côté du monde, des choses et des gens. Elle parcourt les routes dans sa corvette, essaie de ne penser à rien, ni au désastre de sa vie, à son divorce, à ses échecs, ni à sa fille Kate qui est à l’hôpital. Aujourd’hui elle regarde la mer d’en haut de la falaise, c’est de là qu’elle parle, et elle dit qu’elle n’est pas plus déprimée ou plus folle que bien des gens... A la fin elle dit aussi : « Je sais ce que "rien" veut dire et je continue à jouer. Pourquoi, dirait BZ. Pourquoi pas, dis-je. »

Le lecteur est l’observateur de son récit, il est embarqué avec elle, ou plutôt sa silhouette fragile ou son fantôme mouvant, s’y attache. Il est surtout ébloui par l’écriture, par sa simplicité apparente, son actualité et par cet art consommé de figurer le vide avec des moyens visuels d’une grande intensité (image d’un crotale dans un champ d’artichauts, des feuilles d’aluminium sur les fenêtres des caravanes, d’une actrice en robe lamée et pieds nus aux petites heures du matin, une brume jaune, des crêpes congelées au dîner...) et des dialogues quotidiens, a priori peu signifiants, qui finalement en disent beaucoup.

Un très beau roman qui marque pour longtemps.