Le sang noir
Guilloux, Louis
La couronne verte
Kasischke, Laura
L’exposition
Léger, Nathalie
Une minute de silence
Lenz, Siegfried
Lark et Termite
Phillips, Jayne Anne
Les saisons
Pons, Maurice
Une minute de silence
Siegfried Lenz
Robert Laffont
124 p., traduit de l’allemand par Odile Demange Collection Pavillons
16 €

La minute de silence, c’est celle qu’observe tout un lycée en hommage à une professeure d’anglais, nommée Stella, qui vient de mourir. Au fil des pages, tissées de passé (les quelques mois avant la mort de Stella) et de présent (celui de la cérémonie), on apprend un peu qui était Stella, comment elle est morte, et surtout sa relation avec Christian, un élève de sa classe. Ils venaient de commencer, cet été-là, une histoire d’amour... Ils ont eu trop peu de temps. Restent quelques souvenirs, des images, des sensations. Rien, en somme.

Le roman s’intéresse à la rencontre de deux êtres, que peu d’années séparent et pourtant beaucoup d’expériences et de savoirs... Il le fait de manière savante par sa construction, et avec retenue et finesse, sans pathos - si bien qu’on peut rester, par moments, un spectateur lointain de cette histoire. Mais doucement, au fil des pages, l’apparente froideur laisse la place à la mélancolie, jusqu’à la fin, magistrale, qui livre une inattendue explosion d’émotion. Comme si le texte était l’écho des sentiments et des réactions du personnage principal et d’une certaine façon narrateur, Christian - laissé sans réaction par le poids du secret et celui de la tragédie qui vient de s’abattre. Peu avant la fin, on apprend les circonstances de la mort de Stella, avec toujours cette retenue qui n’enlève rien, bien au contraire, à l’intensité dramatique du récit.
La mer Baltique, omniprésente, à la fois agréable (c’est l’été) mais avec ses accès de violence meurtrière, est un personnage à part entière. Elle est comme un symbole de la mémoire et de la vie, sans cesse faisant des aller-retours, effaçant, construisant puis effaçant à nouveau.

Les paysages de la mer du Nord sont présents déjà dans le roman le plus connu de Siegfried Lenz, La leçon d’allemand, belle réflexion sur la responsabilité personnelle en temps de dictature... Avec Une minute de silence, cet écrivain de 82 ans, un géant des lettres allemandes, vient à une histoire d’amour et connaît un grand succès public. Et ce n’est que justice.