Rencontre avec les éditeurs du Cahier de doléances contemporain « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »

Mercredi 18 janvier 2012 - 20h15

 A l’occasion de la parution mercredi 18 janvier du Cahier de doléances contemporain « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » par le collectif Luce Faber, venez rencontrer leus éditeurs.

 

Paroles errantes d’une chronique où l’Histoire collective commune se dit au creux des histoires singulières, ces doléances sont le porte-parole du désordre démocratique né du vide laissé par des institutions politiques épuisées.

Elles témoignent, de façon singulière personnelle et aléatoire mais collective, de la fragilité quotidienne, de l’espérance d’un autre monde à venir, d’une conscience commune partagée, à l’état renaissant.

LUCE FABER est un collectif. Elle rassemble les voix publiques et surtout légitimes qui ont formulé ces doléances.

 

La rencontre aura lieu à la suite du spectacle de Bertrand Bossard, artiste associé au 104, qui lira des extraits de l’ouvrage dans le cadre de son spectacle "Le jeu des 1000 euros" à 19h00.

 

ICI NUL ROI ne convoque des États Généraux. Nous sommes, dit-on, le peuple souverain, celui d’une démocratie, mais nous sommes un étrange souverain à qui l’on propose de choisir des candidats aux élections en le privant régulièrement de débats qui devraient donner du sens à la représentation.
Alors, pourquoi ne pas réécrire les doléances, ces cahiers de doléances ? Nous les appelons dans l’idée d’une certaine souveraineté à venir et cela justement, au-delà de la notion de souveraineté, du peuple au peuple, du peuple vers nos supposés représentants, du peuple vers des partis politiques qui semblent désespérément et trop souvent satisfaits de confisquer le pouvoir sans maintenir l’échange, les valeurs ou vertus de travail, de courage, de volonté qui devraient être au cœur de l’attitude d’un représentant digne de ce nom.
Crise de la représentation.
Crise du travail politique.
Crise de l’écoute politique.
Crise de la connaissance politique.
Et ces crises, cette crise n’est pas une crisis, une crise passagère et surmontable, elle en appelle, pour être dépassée à la raison (qui ne serait pas toujours celle du plus fort), aux savoirs, aux origines de cette même crise, savoirs trop souvent dérobés, confisqués, atténués par les souverainetés instituées en pouvoirs légitimes ou en contre-pouvoirs tout aussi institués. Cette crise, ces crises sont cruelles. Elles font souffrir au quotidien, au travail, dans les entreprises, dans la rue, elles excluent, tyrannisent, harcèlent le corps social et politique le réduisant à une masse de consommation et d’ignorance programmée.
Aussi il faut dire à nos représentants à venir, de bien vouloir daigner faire connaissance avec cette « autre souveraineté », celle d’un peuple souffrant et dédaigné. Rédiger un cahier de doléances ne consistera pas à produire une supplique mais bien à se donner les moyens de refaire une Cité.
Ce mot « doléance » appartient à la même famille que celui de douleur et de deuil (dolere) et exprime une idée de tristesse et de plainte. La doléance serait l’acte qui consiste à politiser la plainte, à lui donner sa puissance active, craignant le pire, sentant qu’il y a lieu de le craindre. Le moment serait-il venu de l’exprimer au seuil, peut-être, de l’irréversible ?
Un cahier de doléances pour battre en brèche une politique de la pitié et faire advenir une politique de la justice, soit une politique du possible de l’impossible qui fasse événement où le corps sensible n’est pas malheureux et victime, mais sensible à ce qui est juste et à ce qui est injuste.
Il s’agit bien ici de rendre justice au corps souffrant de notre civilisation atteint sans qu’aucune médecine, même des plus sophistiquée, ne vienne apaiser l’impact des mensonges institués, fondement d’une politique destructrice programmée, du bien commun méprisé.
Il s’agit ici de faire appel à témoin, de témoigner, c’est-à-dire de tenter de traduire une expérience, de dire sa vérité au risque de se tromper, avant que la possibilité même de témoigner ne disparaisse sous couvert d’expertise et d’intelligence artificielle.
On peut, croyons-nous, se plaindre d’injustices même si elles ne portent pas directement atteinte à notre propre corps. On peut se plaindre d’injustices qui affectent le corps en ricochet, on peut avoir mal de la politique en étant ou sans être « sans papier », « chômeur », « affamé », « sans logis ». On peut souffrir de la politique sans être une victime désignée comme telle, on peut souffrir de voir, simplement voir, une politique être menée. On peut souffrir de voir des outils détruits, des lois bafouées, des principes ignorés.
De quelle autorité parle la doléance ? De l’autorité de l’épreuve des jours, de l’autorité d’une connaissance qui serait nouée à cette épreuve sensible constante qui affecte les corps pensants à l’insu, une connaissance qui reste insoupçonnée malgré la fatigue, la répétition, malgré le poids du déni, malgré l’information qui nous bombarde, malgré les écrans qui nous accaparent, une connaissance par rencontre des corps, connaissance de soi, connaissance de l’autre, connaissance du monde, qui n’a rien de virtuelle.
Elle est souvent arc-boutée au travail, à des bribes de savoir, à des lectures, à des histoires, à des mots qui s’échangent, malgré tout quand il reste encore un peu de disponibilité pour écouter, tendre l’oreille, une oreille curieuse ou compatissante, une oreille rêveuse ou maussade, une oreille attentive.
C’est alors l’intimité du sentiment de la justice et de l’injustice qui permet à quiconque de déplacer l’impossible, d’interpréter les situations politiques et d’agir sur elles en se référant à la nécessité de résister à l’oppression. Le lien politique amical consiste ici à tenter de traduire des expériences sensibles à l’égard du juste et de l’injuste. Il nous semble juste de dire nos doléances pour produire la liberté politique dans un processus qui arrache les corps souffrants à leur condition et faire en sorte que chaque citoyen soit vraiment convoqué à participer à l’élaboration de la loi comme bien commun.
Soyons réalistes, demandons l’impossible.