• 21 mai 2010

    Ur wech e oa *

    La peinture étant une de mes passions, la vie et l'œuvre de cette Bretonne ne pouvaient me laisser indifférent. Peintre autodidacte, elle est née en 1911 à Magoar, situé sur la commune de Glomel dans ce que ses habitants nomment le Kreiz Breizh, la Bretagne Intérieure.

    Ce livre est divisé en cinq parties relatant la vie de l'artiste, (mot que je n'aime pas trop, mais qui, dans ce cas, est le meilleur que j'ai trouvé). Il est abondamment illustré de photos, de reproductions de tableaux et d'extraits de courrier.
    Après une enfance dure, mais c'était le lot de l'époque et de la campagne bretonne, Simone en mille neuf cent trente cinq se marie ; le proverbe dit « Pour le pire ou le meilleur ». Ici c'est souvent le pire, même si c'est évoqué avec beaucoup de pudeur.
    La vie d'une femme et ses aléas à la fin de la guerre, l’exil, les exils, devrais-je dire, la Beauce, Paris entrecoupé de retours en Bretagne. La naissance des enfants, les problèmes de couple et le divorce, la santé qui décline.

    Et comme dit le titre « Revivre grâce à la peinture » , Simone Le Moigne commence à peindre sérieusement en 1968, elle a alors 57 ans. En 1971, sa patronne lui conseille de s'y consacrer à plein temps ; un an plus tard, elle expose pour la première fois. Suite à cette décision, sa vie bascule dans un sens nouveau. Elle peut enfin peindre pour elle-même et ne s'en prive pas. Petit à petit, la reconnaissance est au rendez-vous. Elle voyage non plus pour trouver du travail, mais par plaisir, au gré des expositions et des vernissages.

    Elle définit sa peinture ainsi :
    -Je ferme les yeux et le tableau est dans ma tête .
    La Bretagne de son enfance passe de la tête à la toile. Parfois, elle illustrait ses tableaux de poèmes en français et en breton, poésie simple et touchante, hommage au pays de sa jeunesse.
    Il est souvent difficile de parler d'un tableau, il est nettement préférable de le regarder, alors je ne m'y risquerai pas. Par contre, l’appellation peinture naïve n'est pas celle que j’emploierai, je parlerai plutôt de peinture spontanée, jaillissant d'une idée sans modèle formel sous les yeux. Elle mélange les techniques picturales, passant de l'huile à la gouache avec quelques rares détours par l'acrylique, elle peint, en plus de la toile classique, sur du bois ou du contreplaqué. Elle change également de registre en particulier à la fin de sa vie commençant une série d’œuvres d'inspiration religieuse. J'ai découvert à travers ces lignes un personnage très attachant, plein de pudeur et de modestie, quelqu'un que j'aurai eu plaisir à connaître, me semble t-il.

    J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour les gens qui se forment par eux-mêmes surtout (car c'est souvent le cas) dans l'adversité. Ici comme dans beaucoup d'autres exemples, l'âge n'est pas un handicap, mais une qualité, savante alchimie, mélange de passion et de sagesse. Les peintres et leurs œuvres m'ont toujours émerveillé, quelles qualités possèdent ces hommes ou femmes en plus que celles que l'on trouve chez le commun des mortels?
    Ce livre est écrit par Anne Vinesse, qui est la fille de Simone Le Moigne, donc bien placée pour en parler.
    J'ai cherché quelques renseignements supplémentaires surtout au niveau visuel, ils sont présents sur le site qui est dédié à Simone Le Moigne. Le magazine « Ar Men », numéro 118, lui consacre son dossier peinture et un documentaire de François Gauducheau « Amzer zo Simone » (Doucement Simone) qu'elle a tourné à quatre vingt six ans est disponible en DVD. U n très beau livre qui m'a permis de découvrir une très grande figure de la culture bretonne dans un domaine que je connais peu, celui de la peinture. Cette « Mamm-Gozh » qui assiste au vernissage de sa première exposition à Paris en coiffe et vêtue de son costume traditionnel, servant du cidre et des crêpes mérite toute mon admiration.
    Kenavo Simone ar Moign........
    *Il était une fois en breton.