Une illusion passagère, roman

Dermot Bolger

Joëlle Losfeld

  • 20 novembre 2013

    Nuit de Chine

    Nuit de Chine.
    Court (cent-trente-cinq pages) roman de Dermot Bolger qui n'est pas sans rappeler un titre assez ancien de cet auteur "Tentation".
    Un huis-clos dans une chambre d'un hôtel de luxe de Pékin. Martin, fonctionnaire irlandais, fortement désabusé pour ne pas dire aigri par sa vie professionnelle et affective, est seul pour la soirée. Ses autres collègues ont continué leurs périples, sa présence n'étant pas réellement nécessaire. Il boit et fait le point sur son pays et sa situation personnelle. Son pays a fait faillite et son mariage a du plomb dans l'aile. Son épouse le trouve ennuyeux et lui reproche une certaine lâcheté. Ses filles grandissent et s'émancipent trop vite à son goût.
    Pour tromper sa solitude, il décide après quelques hésitations de se faire masser.

    Une femme qu'il qualifie de quelconque se présente. Son anglais est très rudimentaire et sa connaissance du chinois n'est guère mieux... Une certaine gêne s'installe, le doute aussi, est-ce bien raisonnable?
    Le contact des mains de cette inconnue lui rappelle qu'entre son épouse et lui les relations sexuelles sont un lointain souvenir. Chacun faisant un effort de langage, il apprend que cette femme élève seule une fille de huit ans, que le père est parti un jour. Il accepte une seconde heure de massage...et il se pose la question d'aller plus loin avec cette inconnue? Qui, moyennant finances, accepte le marché! Il se remémore une phrase de son épouse un soir de Noël
    -"L'infidélité n'est tout simplement pas ton truc, hein ? "
    Paroles prémonitoires ou propos cherchant encore à le rabaisser!
    Martin a l'impression d'avoir raté sa vie. Son poste est en sursis, et il pense que vu l'état des finances de l'Irlande, les élections qui approchent, il pourrait prendre une retraite anticipée, mais pour faire quoi ?
    Rachel, son épouse qui était dans l'enseignement, est en retraite et on ne peut pas dire que cela a arrangé la vie du couple, bien au contraire. Elle garde un certain traumatisme de ses relations d'enfance avec son père, médecin peu affectueux.
    Les filles, Aisling et Aoife, les sœurs jumelles et Cliona (dit Clio) sont les enfants d'une nouvelle Irlande que leur père voit se vendre et perdre sa souveraineté...
    Dermot Bolger mêle habilement l'histoire personnelle de ce fonctionnaire et l'histoire avec un
    H majuscule de l'Irlande actuelle.
    Un bon livre très bien écrit décrivant, ce que je pense être, le désarroi et les hésitations de cet homme qui, en une soirée, tente de faire le bilan de sa vie.
    On est loin des livres très sombres du début de carrière de Dermot Bolger.


  • 13 octobre 2013

    L'espace d'une nuit

    La cinquantaine déclinante, Martin se sent vieilli, usé, fané. Sa carrière de haut-fonctionnaire au sein du gouvernement irlandais bat de l'aile et sa vie familiale n'est pas des plus reluisantes, entre une épouse mutique et indifférente qu'il n'a pas touchée depuis des années, et trois filles devenues femmes se rêvant en héroïnes de " Virgin Suicides ", et dont il ne comprend pas la passivité. En visite officielle en Chine, seul dans sa luxueuse chambre d'hôtel, Martin établit cet amer constat, alors que le ministre et ses conseillers ont préféré se rendre sans lui à Tianjin et Shangri-La. Relégué au second plan,  une nouvelle fois. Il n'est après tout qu'un " fonctionnaire relativement insignifiant " et s'étonne de l'empressement du personnel de l'hôtel autour de lui. Pour rompre avec les idées noires qui l'assaillent et avec sa solitude, il commande à la réception un massage, ne sachant pas vraiment à quoi s'attendre. Mais la douceur et la discrétion de la jeune femme qui pénètre dans sa chambre le rassurent immédiatement,  l'habileté de ses mains le plonge dans un état second, lui qui n'a pas été touché depuis si longtemps. La complicité qui s'installe entre eux malgré la barrière de la langue se change bientôt en désir sensuel, dont le charme reste intact pour Martin jusqu'à ce que la jeune femme, de condition modeste, monnaie ses faveurs.

    Toute la tension de ce court roman réside, nous l'aurons deviné, dans le fait de savoir si Martin cèdera ou non à l'appel de la chair – résolution finalement éludée avec plus ou moins de bonheur, mais cela reste secondaire. Car ce qui nous touche dans ce récit, c'est avant tout la détresse de cet homme semblable à des millions d'autres, qui n'a pas vraiment l'étoffe d'un héros, mais dont on ne ne peut blâmer la médiocrité. En l'espace d'une nuit, mêlant l'expérience de ce massage au bilan de toute une vie, Dermot Bolger fait naître une certaine empathie entre son lecteur et son personnage. Si certains auront du mal à s'intéresser à l'histoire et aux doutes de Martin, il est probable que, pour d'autres, ce roman engendrera un même questionnement.

    Lire la suite de la critique sur le site o n l a l u


  • par (Libraire)
    27 août 2013

    Lors d'un voyage en Chine une forme de tristesse s'empare de Martin. A 55 ans, sa vie est faite et lui semble un peu derrière lui. Pour se détendre il s'offre un massage qui va changer beaucoup de choses dans sa perception de la vie.
    Avec toute sa sensibilité, une forme de douceur aussi, Dermot Bolger nous offr un beau portrait d'homme, très touchant.
    Valérie