Pas pleurer

Pas pleurer

Lydie Salvayre

Seuil

  • 11 juillet 2015

    Si avec l'âge la mémoire de Montse peu à peu s'efface, il est un souvenir qui reste toujours vivace dans sa tête et dans son coeur. Celui de l'été de ses 15 ans, en juillet 1936. Cette année-là, un vent de liberté soufflait sur l'Espagne, Montse quittait son village avec son frère José, Barcelone était en pleine effervescence et Georges Bernanos, installé aux Baléares, observait les prémices de la guerre civile. Car l'euphorie dans les rues, les cafés, et même les campagnes, ne dura qu'un temps. Que le peuple gouverne, qu'il se révolte contre les nantis, les propriétaires terriens, voilà une idée déplaisante pour les classes dominantes, les militaires et le clergé. Tandis que Bernanos est scandalisé par les exactions des franquistes qui assassinent à tout va ceux qui ne partagent pas leurs idées avec la bénédiction de l'Eglise catholique, dans les rangs républicains on se déchire entre partisans du PC, du POUM et anarchistes, en tuant quelques curés au passage. Montse, elle, rentre au village, lourde d'une après-midi d'amour fou dans les bras d'un poète français engagé dans les Brigades internationales. Sa mère entreprend alors de la marier avec Diego, le fils du ''seigneur'' du village, l'ennemi juré de son frère José qui ne voit en lui qu'un gosse de riche malgré sa carte du PCE.

    Hymne à la vie, à l'espoir, à la liberté, Pas pleurer est aussi un hommage de Lydie SALVAYRE à sa mère, une trace de son histoire, avant que tous les souvenirs ne s'éteignent. C'est un récit joyeux, plein d'allant, écrit dans une langue colorée, le fragnol, mélange incertain de français et d'espagnol. Par la voix de la jeune et rebelle Montse, c'est tout un pan de la guerre d'Espagne qui se déroule, les camps qui s'opposent, les luttes fratricides, les partisans du renouveau contre ceux de l'immobilisme. Si le coeur de l'auteure bat évidemment pour les Républicains, elle a voulu, par souci d'objectivité, mêler au récit de sa mère, les descriptions du conflit par Bernanos, connu pour ses positions fascisantes. Mais l'homme s'insurge lui aussi contre les atteintes à l'encontre des libertés élémentaires, ceux qui ne se rallient pas à Franco, ceux qui osent une pensée contradictoire sont exécutés sous l'oeil bienveillant du clergé espagnol qu'il critique violemment.
    Malgré toute la cruauté des faits, les morts, les trahisons, l'humiliation de la défaite, l'exil, les mots de Montse sont teintés des couleurs de la jeunesse et de la liesse de son si bel été 36. On découvre avec Lydie SALVAYRE qu'une mère peut cacher bien des secrets, qu'elle aussi a eu 15 ans, qu'elle s'est révoltée, qu'elle a aimé avec fougue. Un très bel hommage, à la fois drôle et émouvant, un Goncourt bien mérité.


  • par (Libraire)
    13 décembre 2014

    Les illusions éperdues

    Un très beau roman sur la guerre d'Espagne. Montse n'a pas 17 ans quand elle fuit son village avec son frère anarchiste faire la révolution... Mais bientôt, les fascistes arrivent et le rêve de liberté se transforme en cauchemar. C'est elle, devenue vieille, qui raconte à sa fille (dans un français pour le moins approximatif) ce bel été 1936.

    En parallèle, la narratrice raconte comment, contre toute attente, Bernanos (écrivain et journaliste pour un journal catholique et conservateur) dénonce dans ses articles la violence inouïe de Franco et de ses sbires contre tout ce qui ressemble de près ou de loin à un communiste, un anarchiste ou un républicain.

    Ces deux visions d'un même conflit, romantique pour Montse et politique pour Bernanos, dressent un tableau saisissant de cet épisode sanglant de notre histoire. À lire de toute urgence !


  • par (Libraire)
    13 décembre 2014

    Les illusions éperdues

    Un très beau roman sur la guerre d'Espagne. Montse n'a pas 17 ans quand elle fuit son village avec son frère anarchiste faire la révolution... Mais bientôt, les fascistes arrivent et le rêve de liberté se transforme en cauchemar. C'est elle, devenue vieille, qui raconte à sa fille (dans un français pour le moins approximatif) ce bel été 1936.

    En parallèle, la narratrice raconte comment Bernanos (écrivain et journaliste pour un journal catholique et conservateur) dénonce dans ses articles la violence inouïe de Franco et de ses sbires contre tout ce qui ressemble de près ou de loin à un communiste, un anarchiste ou un républicain.

    Ces deux visions d'un même conflit, romantique pour Montse et politique pour Bernanos, dressent un tableau saisissant de cet épisode sanglant de notre histoire. À lire de toute urgence !


  • par (Libraire)
    6 décembre 2014

    PAS PLEURER

    Le Prix Goncourt 2014, nous amène dans la guerre d’Espagne durant l’été 36.
    D’une part Montse et d’autre part Bernanos nous racontent cette période historique.
    Un grand regret m’a habité lors de la lecture de cet ouvrage. Une part non négligeable est en espagnol. Et pour tout lecteur qui ne maîtrise pas cette langue, des poèmes, des mots et des phrases entières, lui sont inaccessibles. Quel dommage que l’éditeur n’ait pas jugé utile d’ajouter les traductions !
    Lu par Elisabeth
    octobre 2014


  • 21 octobre 2014

    Espagne, franquisme

    J'ai aimé ce récit très personnel de la révolution contre-franquiste (oui, bon, je n'y connais rien en histoire de l'Espagne, alors pour moi il y a les franquistes qui ont gagné, et les autres : communistes, gauchistes, doux rêveurs qui ont perdu).
    On sent dans ces pages l'envie de libertés de la jeunesse paysanne qui plane pendant ces quelques jours.
    Mais le retour à la réalité est toujours rude. Ainsi, la mise en parallèle du texte de Georges Bernanos (vous savez, celui de Sous le soleil de Satan) ne permet pas complètement de goûter à ces joies de la découverte d'une autre façon de penser le monde.
    C'est ce qui m'a gêné lors de cette lecture. La différence entre ce que vit la mère de la narratrice et le romancier pourtant catholique pratiquant.
    Alors oui, c'est enrichissant, mais tellement décalé, et dans le ton et dans le style, et dans le propos.
    Ceci dit, j'ai beaucoup aimé les passages "finaux" du frère de la narratrice Josep qui se rend compte que tout ses idéaux sont des grands mots. Et j'ai peiné avec la mère de celle-ci dans son exode vers la France, une fois la fête révolutionnaire terminée.
    Un roman qui ne cesse d'anoncer que "La fête est finie".....
    L'image que je retiendrai :
    Celle de Montse, la mère de la narratrice, se liant d'amitié avec son beau-père, pourtant d'une condition si différente de la sienne.

    http://motamots.canalblog.com/archives/2014/10/12/30742931.html


  • par (Libraire)
    13 septembre 2014

    A ne pas manquer

    Dans l'Espagne rurale d'avant Franco, deux voix se font écho. L'une, celle de la mère de l'auteur, jeune éxilée catalane parle un français bancal, estropié, mais savoureux. L'autre, incarne Bernanos qui dénonce les répressions franquistes et la terreur des ecclésiastiques.
    Un très beau livre à ne pas manquer.
    Christine


  • par (Libraire)
    9 septembre 2014

    Brillant !

    "Pas pleurer" est un roman puissant et détonnant sur la guerre d'Espagne. Ne mâchant pas ses mots sur les exactions de l'Eglise ou le silence des gouvernements voisins, et tout en rendant hommage à sa mère Montse, Lydie Salvayre livre un récit à la fois attachant et bouleversant. Le savoureux mélange linguistique de l'espagnol et du français donne une poésie singulière au roman et une tendresse profonde. Brillant !


  • 3 septembre 2014

    une roman autobiographique

    L'auteure revient sur l'enfance de sa mère, jeune femme espagnole issue d'un milieu modeste, qui a vécu la guerre d'Espagne.

    C'est un roman à trois voix (et oui, j'en rajoute une par rapport au mot de l'éditeur !)

    Celle de cette mère qui perd aujourd'hui la mémoire et ne se souviens que de cette année 1936 ou elle a connu tour à tour l'exaltation de la liberté, l'espoir d'une vie meilleure, l'amour, les discordes, la guerre, l'exil ...


    Elle avait 16 ans, vivait dans un petit village loin de tout. C'est son frère, Josep, qui, le premier, est revenu au village avec des idées révolutionnaires : mettre en commun les terres, collectiviser le travail. Au départ les paysans se laissent griser, puis le quotidien reprend le dessus, la marmite à faire bouillir, les enfants à élever.

    En parallèle de l'histoire de ce village, l'auteure revient sur la politique de l'époque, et notamment les exactions commises par les nationalistes, couvertes par l'episcopat espagnol. Ces massacres, l'auteure en parle à travers la voix de Georges Bernanos, écrivain qui a été choqué par la barbarie de la guerre et révolté par la complicité de l'Eglise. Georges Bernanos a écrit un livre paru en 1938, "les Grands Cimetières sous la lune", pour dénoncer ces atrocités.

    Et au milieu de ces deux voix il y a celle de Lydie Salvayre. Qui écoute sa mère et la reprend quand elle fait des fautes de français. Qui lit le livre de Bernanos et commente les massacres. Qui nous montre que la petite histoire du village de sa mère est un condensé de la grande histoire de l'Espagne.

    Il y a de tout dans ce livre : une part d'histoire de la guerre d'Espagne, un récit émouvant d'une femme à la condition modeste en 1936, une belle histoire d'amour, la fougue des jeunes adultes, les horreurs de la guerre.


  • par (Libraire)
    28 août 2014

    Ce roman qui mêle le récit de la mère de la narratrice, adolescente espagnole qui en 1936 découvre l’élan libertaire de l’été catalan et les questionnements de Georges Bernanos, témoin horrifié des exactions et des massacres que les nationaux infligent aux populations. C’est l’Espagne rurale d’avant Franco que L Salvaire fait avant tout revivre à la fois drôle et nécessairement tragique, car l’été de tous les espoirs se finira dans le sang et les larmes. Très beau roman, ou l’art d’écrire nous livre des pépites de jeux avec la langue française.

    FR SIRJACQ