• 12 avril 2016

    Dans ce livre inclassable car ce n’est pas d’un recueil de nouvelles ni un roman, Lydia Flem nous raconte et surtout se raconte depuis son enfance.
    En se souvenant d’un événement familial ou historique, d’un vêtement, d’une personne, d’une expression, chacun des 476 petits paragraphes commence par « je me souviens » .

    Je me souviens que la minijupe est apparue en même temps que la pilule et que les femmes croyaient à la révolution sexuelle.

    Je me souviens de la publicité : « Demain, j'enlève le haut. »

    Je me souviens de l'injonction « Sois belle et toi. »

    Je me souviens d'avoir lu qu'en 1931 le maire de Paris ordonna à Marlène Dietrich de quitter la ville sur-le-champ parce qu'elle s'était montrée, dans la rue, en pantalon.

    Je me souviens de Simone Veil, en chignon et tailleur Chanel, défendant à l'Assemblée nationale, sous les huées et les injures, le droit des femmes à avorter et faisant passer la loi.

    Je me souviens qu'on s'habille un peu pour soi et beaucoup pour les autres (ou le contraire).

    Je me souviens que, comme la mère était fâchée contre moi, elle disait : « Tu es une vraie chiffonnière ». Je ne savais pas ce que cela voulait dire mais j'entendais la colère dans sa voix.

    Je me souviens des militantes aux seins nus du groupe Femen.

    Je me souviens de l'instant délicieux où tout bascule lorsque une main ouvre le premier bouton.

    Je me souviens d'un imperméable de couleur mastic que je détestais. J'avais treize ans, j'étais amoureuse. On disait : « Se sentir moche comme un pou. »

    Je me souviens que le 24 avril 2013 plus de mille cent-trois jeunes ouvrières sont mortes après l'effondrement des huit étages du Rana Plaza, un ensemble de cinq usine de confection, au Bangladesh.

    Je me souviens qu'un corps, c'est une manière de se mouvoir, d'exister dans l'espace. Nos habits nous habillent, mais c'est nous qui les habitons.

    Je me souviens comment j’étais habillée le 11 septembre 2001.

    Je me souviens que les baskets n'étant plus le seul privilège des ados et des sportifs, tout le monde s’est mis à affirmer : « Je suis bien dans mes baskets ».

    Chaque paragraphe serait à citer tant c'est juste !

    Authentique, drôle, malicieux, touchant, ce livre recèle de belles émotions et déclenche des réflexions. A partir de ses propres souvenirs, Lydia Flem réactive notre mémoire collective avec de observations très pertinentes sur les femmes. Ces instantanés composent brillamment un éventail de l'histoire et de ce qui nous a marqués.
    A picorer, à savourer et à méditer sans aucune modération !


  • 11 mars 2016

    Gourmandise

    Un régal d'humour et de sentiments. Se garde au fond de son sac pour être lu par petites touches, avec gourmandise.On retrouve ici l'esprit de Geoges Perec, mais cette fois dans un environnement féminin, quelquefois espiègle, genre petit lutin rieur, mais également sur des sujets très sérieux, avec de vraies émotions et une belle intimité. J'avais beaucoup aimé "Comment j’ai vidé la maison de mes parents" qui m'avait accompagnée alors que ... je vidais dans la douleur la maison de mes parents ... Lydia Flem utilise les mots justes pour dire ce qui nous trouble, nous agace, nous anime, nous fait rêver.