Conseils de lecture

Le Livre de poche

8,70
par (Libraire)
18 septembre 2021

Le premier chapitre de ce roman vous apprend tout ce que vous avez à savoir sur le style de Greg Egan : on y fait l'expérience de la naissance d'un post-humain, une conscience informatique dénuée de corps physique. Les premiers tremblements de la machine, les échanges de signaux électriques, la mise en lumière de la sentience, la venue au monde de la sensation... jusqu'à l'intégration par ce nouvel être dans sa société d'humains évolués au-delà des nécessités spatiales et temporelles. Là, plus de corps, plus d'âge, plus de genre. Tout est possible dans un monde virtuel. On passe sa prodigieuse longue vie à se consacrer aux choses de l'esprit. Un moment de lecture magique qui parvient à retourner le cerveau du lecteur grâce à la science et aux mathématiques.
Mais cette société de demain n'est pas la seule espèce d'humanité qui demeure. La Terre est encore peuplée d'humains dont la génétique a gardé la marque des bouleversements écologiques. Le peuple "terrestre" et leurs congénères vivant des des serveurs enterrés sous terre se connaissent, se tolèrent, mais se comprennent peu. Quand une catastrophe cosmique vient effacer ces "corporels" de la surface de la planète, leurs cousins informatisés vont s'extraire de leur retraite virtuelle pour enquêter sur la source du phénomène et partir dans l'espace.
Greg Egan est capable de pousser l'imagination de son lecteur dans des sommets d'abstraction et de susciter un profond "sens of wonder". On ne le recommandera jamais assez.


par (Libraire)
18 septembre 2021

La symphonie macabre du New York des 70's

Il fut un temps où Nécropolis, le livre qui a sublimé la carrière de Herbert Lieberman, était considéré comme l'équivalent pour New York des épopées policières de James Ellroy à Los Angeles.
Paul Konig est le chef de l'institut médico-légal de New York. Nous sommes en 1974 et la grosse pomme est bien différente de ce que nous connaissons aujourd'hui. Manhattan n'est pas encore totalement gentrifiée, et souffre de problème structurels de criminalité. Autrement dit : un coupe-gorge ! Chaque jour, Konig voit passer des cadavres dans sa morgue, et utilise ses quarante ans d'expertise médico-légale pour élucider les causes de leur décès sous les yeux admiratifs de ses jeunes collaborateurs.
Mais derrière le puits de science stoïque se dissimulent d'énormes soucis : son bras droit mielleux et fayot brigue sa place, il y a de plus en plus de corruption au sein de son équipe, et sa fille a disparu depuis plusieurs mois.
Lieberman décrit avec un rigueur évident la procédure de l'autopsie et du fonctionnement d'un institut médico-légal, avec tout ce que cela comporte d'investigation, de paperasse et de politique.
Ce qui frappe dans ce livre, ce n'est pas tant l'enquête en elle-même, dont les tenants et les aboutissants resteront flous et qui ira se croiser avec de multiples autres affaires, mais les deux personnages principaux : Konig, légende vivante sur le retour, d'une intelligence froide, rongé par des angoisses secrètes, et New York qui semble déverser des monceaux de corps sur son chemin comme pour le mettre au défi.
A lire !


Editions du Sous-Sol

25,00
par (Libraire)
12 septembre 2021

Au-delà du Mal

Mariana Enriquez, maîtresse argentine du genre fantastique, combine admirablement le genre du Great American Novel avec la sorcellerie la plus noire pour nous conter la relation orageuse d'un père veuf et de son fils.
Juan est un médium : capable de percevoir l'invisible, sa famille adoptive l'a utilisé pendant des années pour entrer en contact avec une entité vorace et mutique, l'Obscurité. Maintenant que son jeune fils Gaspar commence à témoigner des mêmes incroyables capacités, Juan est bien déterminé à lui offrir un autre destin.
Dépeignant toute une famille de sorciers de la grande bourgeoise argentine durant plusieurs décennies, ce roman virtuose combine les genres littéraires pour lier le destin maudit des personnages aux séquelles encore vive de la dictature militaire.
Il n'y a pas à hésiter, c'est le chef-d'oeuvre de la rentrée littéraire 2021.


20,00
par (Libraire)
11 septembre 2021

Le Sang de la Cité est le premier volume d'une double série écrite à quatre mains par Guillaume Chamanadjian - qui nous conte les aventures d'une ville du ville du sud - et Claire Duvivier - chez qui l'action se déroule au nord.
Le coup d'envoi de cet ambitieux projet pose les bases d'un univers prometteur : Gemina, une tentaculaire ville marchande bouillonnante de rivalités politiques est en passe de voir sa géographie urbaine totalement bouleversée quand le Duc de la Caouane, ambitieux et charismatique, entreprend de construire un canal fluvial coupant à travers plusieurs territoires jaloux de leurs intérêts économiques.
C'est Nox, son pupilles aux origines troubles, qui va se faire, bien malgré lui, l'instrument de ce projet révolutionnaire. Mais Nox, qui exerce la profession d'épicier, est plus proche de la culture populeuse des rues des Gemina que de la sophistication des forteresses ducales. Les ambitions de son tuteur ne sont pas les siennes, mais entre manigances et phénomènes inexpliqués, il va comprendre que la fin de certains justifie les moyens.

Lire ce roman m'a rappelé les grands moments de bravoure de Robin Hobb, avec son protagoniste introspectif, Glen Cook, ou encore George R.R. Martin qui partage cet art de mêler les drames intimes des personnages avec les intrigues politiques les plus retorses.
Une série à suivre de près !


Phoebe HADJIMARKOS CLARKE

Le Sabot

13,00
par (Libraire)
11 septembre 2021

Regretter Tabor

Nous y voilà : la fin de la civilisation.
Après les émeutes, les épidémies et les inondations, il est impossible de savoir ce qu'il reste du grand monde. Plus d'états, plus de communications, plus de police, plus de villes... L'occasion pour Mona, Pauli et Valérie de concrétiser leur utopie de militantes : Tabor.
Autogérée, sans lois ni cadres moraux issus de l'ancien temps, Tabor est une communauté de survivants libérée des aliénations de la société patriarcale et capitaliste. Chacun y fait ce qu'il veut et existe au jour le jour. L'humanité peut enfin rendre à la nature sa véritable place, et disparaître en toute sérénité.
Ce qui porte ce texte, c'est son écriture, flamboyante et torrentielle, qui navigue entre les idées et les personnages comme une barque dans un fleuve. Les doutes des unes, les certitudes des autres, les histoires qui nous tirent vers le haut et celles qu'on se raconte, tous ces moments d'écriture portent avec eux les idées qui germent avec le désir d'émancipation, allant de la condition féminine à la pensée magique en passant par une interrogation sur le pouvoir et la nécessité de sa disparition. Une histoire portée avant tous par ses personnages et leurs questionnements moraux.
Sans prétendre asséner à son lecteur une leçon morale, Tabor est une texte de SF très poétique qui emmène ses personnages jusqu'au bout de leurs convictions personnelles et les met en face de leurs conséquences.
Un beau voyage !