Coups de cœur

Science-fiction

Actes Sud

Pour sa nouvelle collection de SF sobrement nommée Exofictions, Actes Sud démarre fort avec un roman percutant : Silo.

Dans un monde ravagé par une catastrophe sans précédent, une poignée de survivants a trouvé refuge dans un immense Silo d’une centaine d’étages. La société s’est organisée en classes, et plus on descend dans le silo plus la population s’appauvrit. Le contrôle de la population est drastique, la possibilité d’avoir un enfant étant tiré à la loterie. La gestion de la criminalité est le point d’orgue de ce roman ambitieux : les criminels sont condamnés à l’exil, et doivent en sortant du silo nettoyer les caméras, seul lien avec le monde extérieur. Mais quand l’ordre établi est remis en question, c’est tout le système qui est en péril.

Un vaste roman, premier d’une trilogie vendue à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires aux Etats-Unis, Silo a de bonnes chances de s’imposer comme un des romans forts de cette année.

Ecriture ultra-efficace, scénario alléchant, les codes du post-apocalyptique sont habilement maitrisés. Du très bon !


6,00

Nouvelle collection lancée par les éditions Le Passager Clandestin, "Dyschroniques exhume des nouvelles de science-fiction ou d’anticipation, empruntées aux grands noms comme aux petits maîtres du genre, tous unis par une même attention à leur propre temps, un même génie visionnaire et un imaginaire sans limite."

Dans Le testament d’un enfant mort, Philippe Curval (pionnier de la SF française, détenteur du Grand Prix de l’Imaginaire et du Prix Jules Verne) imagine une épidémie de mort infantile due à une hypermaturation des foetus. Via une expérience scientifique, un médecin tente de comprendre pourquoi ces foetus meurent prématurément, en brûlant toute leur énergie vitale en quelques semaines.

D’une froideur implacable, ce texte s’interroge sur l’absence de volonté de vivre d’un nouveau-né, qui jette un regard cru sur une humanité débordante et bouillonnante.


18,00

En quelques années Alain Damasio a su s’imposer dans le paysage de la SF, que ce soit avec sa dystopie La Zone du Dehors, ou le roman inclassable La Horde du Contrevent.

Il revient encore plus (sur)volté, avec cette même verve, cette maitrise de la langue qui ont fait sa réputation. S’il reste proche des thèmes que l’on connait, le format de la nouvelle lui permet une vivacité, une fougue, un élan langagier encore plus intenses que dans ses romans. Avec toujours cette plume si particulière, ces univers décalés, où le langage prend une place prépondérante (on pensera notamment à la première nouvelle du recueil, Les Hauts Parleurs, véritable bijou d’anticipation).

Encore une fois Damasio est bluffant de maîtrise, usant de la langue à sa guise, transformant le vocabulaire, transcendant les normes du récit. Cet homme est définitivement très doué.


22,00

"Si vous lisez ceci, c’est que vous êtes toujours en vie..."

L’Angleterre est victime d’un curieux fléau : une maladie inconnue, appelée le "Bruit", détruit toute capacité à décoder l’information. Les panneaux, les livres, la musique, plus rien n’a de sens. Le seul remède est cette étrange drogue, la Lucidité, ou Lucy (In The Sky With Diamonds ? surement...), qui permet de contrôler et d’atténuer le "Bruit".

Dans un monde sans repères, quatre personnages sont lancés sur les routes,à la recherche de fragments de miroir, quête que nous raconte Marlène dans son journal.

C’est là un des attraits principaux de ce livre envoutant, cette héroïne perdue au milieu d’un monde qu’elle ne comprend plus, endeuillée, à deux doigts de traverser le miroir pour découvrir une hypothétique vérité. Cette perte de repères fait douter à chaque instant de la véracité des faits, de la réalité du monde, comme si l’auteur avait délibérément jeté un voile sur son univers. Car le roman lui-même est malade, infecté par le Bruit, à tel point que la frontière entre les deux côtés du miroir n’a jamais paru aussi mince.

Comme disait un autre écrivain de La Volte "Nous sommes tous de l’autre côté du miroir, certains d’entre nous tentent de traverser." Il est clair que Jeff Noon a traversé.

En somme un roman atypique, entre le post-apocalypse et l’essai littéraire, une invitation à découvrir un autre aspect de la réalité, pari difficile mais réalisé haut la main !


Le Passager Clandestin

Nouvelle collection lancée par les éditions Le Passager Clandestin, "Dyschroniques exhume des nouvelles de science-fiction ou d’anticipation, empruntées aux grands noms comme aux petits maîtres du genre, tous unis par une même attention à leur propre temps, un même génie visionnaire et un imaginaire sans limite."

Murray Leinster (un des précurseurs des mondes parallèles en science-fiction, lauréat du prestigieux prix Hugo) invente, en 1946, l’ordinateur et le réseau les connectant tels que nous les connaisons aujourd’hui. Un "logique" échappe à tout contrôle, et répond à n’importe quelle question avec la réponse la plus pertinente. Comment tuer ma femme ? Réponse : si elle est blonde, mélengez du cirage vert à ses pois cassés, il contient un poison indétectable dans le corps d’une personne aux cheveux blonds. Très vite, tout part en vrille, les demandes les plus dangereuses sont exaucées (comment devenir riche très vote, comment braquer une banque, etc...).

Plus de 20 ans avant la naissance d’internet, 50 ans avant Facebook, Murray Leinster invente l’ordinateur, le réseau globale et la problématique de protection des données privées. Une nouvelle magistrale, bluffante de réalisme.