Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

RIP T02 LES MOUCHES SUIVENT TOUJOURS LES CHAROGNES

Gaet'S/Monier

Éditions Petit à Petit

16,90
par
24 décembre 2019

Deuxième tome de la série qui s'intéresse cette fois-ci à Maurice, le vieux de la bande des nettoyeurs des maisons des morts. Maurice ne s'est pas toujours appelé Maurice. Avant, c'était Marcello Camperetti, et il était craint. Pas comme maintenant où personne ne le respecte où on le surnomme le Vieux et où, ouvertement, on se fout de sa gueule.

Toujours aussi bonne cette bande dessinée. Tout ce que j'ai dit pour le premier tome Derrick est vrai là encore. Le scénario est adroitement construit qui imbrique les histoires individuelle de chaque homme avec leur histoire commune, celle des nettoyeurs des maisons des morts. Bien qu'on en connaisse des bouts lorsqu'on a lu le tome précédent, le suspense et la tension sont bien présents et l'envie de savoir comme Marcello s'est retrouvé en Maurice.

Le dessin et les couleurs sont toujours formidables, cela pourrait faire penser parfois à des comics, le format s'y prête aussi. Mais là, point de super héros, ni d'humour, ces hommes sont blasés, détruits et continuent à vivre quotidiennement des horreurs, pas toutes dessinées, je rassure les plus sensibles. On plonge dans la noirceur des hommes, dans ce qu'ils ont de plus profondément enfoui et qu'il n'est pas toujours bon de remonter.

Franchement, c'est une BD qui m'a scotché, dont je sais déjà que j'irai au bout des 6 épisodes -pour l'instant- prévus. Une dernière idée cadeau...

ALORS, C'EST DU JAZZ

Marc Menu

Quadrature

10,00
par
24 décembre 2019

Titre aux diverses origines, Alessandro Barrico dans Novecento Pianiste ou Gaëlle Pingault ; on peut le définir par un mélange de classique, d'improvisations, d'inventions, des passages dans une liberté totale, c'est donc du jazz et c'est ce qui résume bien ce petit recueil de Marc Menu.

Des mini nouvelles, de très courts textes qui sont souvent drôles :

"Il est descendu par la cheminée, en ahanant comme un tuberculeux. Il n'est pas resté plus de vingt minutes -le temps de reprendre son souffle et de faire sa bonne action. Il a bu le verre de goutte qui l'attendait, en a même repris deux fois. Dans mon petit soulier, il a laissé au passage une pièce de dix francs, deux tickets de métro et un préservatif presque neuf. Puis, il est remonté par où il était venu, le pauvre -il devait être dans un bel état, en émergeant de là. Comme je faisais semblant de dormir, je n'ai pas perdu une miette du divin spectacle. Sûr que je m'en souviendrai longtemps, de l'amant de maman." (p. 41)

Il y en a pour tous les genres et tous les goûts : du drôle disais-je, du cynique, de l'ironique, du gore (peu, et pas de description, juste la visualisation qui est terrible), de l'actualité, de l'amour, de la tendresse, de la poésie, du sentiment, du vécu : "Çà et là, sur les murs, des traces de peinture. Ou plutôt, de non-peinture, de plafonnage apparent. Sur le sol -difficile de dire s'il s'agit d'un tapis ou d'une couche de crasse- des vieux papiers, livres, vêtements sales, et autres bouteilles à moitié vides. Cerise sur le gâteau, cette délicieuse odeur de renfermé. Ça ressemble au centre de documentation du journal de Spirou depuis que Monsieur Dupuis en a confié la gestion à Gaston. Mais point de Gaston ici -même si en cherchant un peu, on aurait de bonnes chances de trouver une souris grise. Nous sommes dans la chambre de mon fils." (p. 46)

Un petit recueil qui n'a pas besoin de grossir pour donner le sourire et envie de lire. A s'offrir ou offrir aux petits et grands lecteurs, ce sera toujours mieux que "un préservatif presque neuf". Et offrir des livres à Noël, c'est ce qu'il y a de mieux.

Une petite dernière, juste pour enfoncer le clou : "Les allées du cimetière convergent toutes vers le même caveau à moitié vide. Monsieur Dupommeau, mort en 1884, y attend sa jeune épouse. Certaines nuits, on l'entend hurler à la lune, appeler désespérément sa belle disparue. Elle ne reviendra pas. Elle dort cent mètres plus loin, dans le tombeau de son amant Jules Poirette -qui lui au moins, s'est offert du vrai marbre." (p. 51)

Les nouvelles citées ont pour titres, respectivement : "Si décembre...", "Home des cavernes", "Art funéraire". Je les cite, car outre l'art de la chute, Marc Menu possède celui du titre concis qui résume parfaitement son propos. Décidément, plus je les lis, plus je les aimes les éditions Quadrature.

Congés Mortels
20,00
par
24 décembre 2019

Milieu des années 1930, des femmes sont agressées et tuées par Paul Perrin dit "Le Bredin". Lorsque sa femme disparaît, Fernand est sûr que c'est "Le Bredin" qui a fait le coup, mais 1939 arrive et la mobilisation qui évite au suspect pas mal d'embêtements.

2006, même région, la Nièvre, un couple de randonneurs est retrouvé assassiné. L'homme est le fils d'un puissant patron de presse parisien qui met en action ses relations pour que la crim' soit saisie. C'est le commandant Boris Le Guenn qui s'y colle avec le lieutenant Antoine Furlon. L'enquête piétine jusqu'à ce que Boris rencontre Fernand, 91 ans, qui lui parle des crimes passés et lui affirme que "Le Bredin" est revenu.

En préambule, Didier Fosssey explique que ce livre est la deuxième enquête de Boris le Guenn, mais qu'elle fut reléguée pour diverses raisons dans un recoin d'un ordinateur. Quelques années et aléas plus tard, elle sort du purgatoire informatique pour le plus grand bonheur des lecteurs -là, ce n'est plus l'auteur qui parle mais son lecteur. Car, j'ai beaucoup aimé. Boris se met au vert, et même si les meurtres restent horribles, l'ambiance est un peu plus légère, l'air de la campagne sans doute. Boris fonce, fidèle à son instinct et à sa conviction, quitte à se mettre les cruchots -j'ai adoré ce petit mot qui désigne les gendarmes- à dos.

J'ai aussi beaucoup aimé la construction du roman, assez classique et la juxtaposition des deux périodes fonctionne bien : un chapitre pour les années 30/40 et Paul Perrin, suivi par un chapitre pour l'enquête de Boris en 2006. Didier Fossey raconte toujours aussi bien ses histoires et ses personnages sont attachants, Boris en tête, et les autres itou. Même si l'enquête est différente des précédentes -ou futures- menées par le commandant Le Guenn, elle s'intègre bien dans cette excellente série, et il n'est pas dérangeant de la lire après celles qui se déroulent plus tard. On revient un peu en arrière sur des aspects personnels de Boris, comme le fait qu'il n'est pas encore séparé de sa femme Soizic, mais on sent aussi pourquoi la situation évolue ainsi.

Le roman débute ainsi :

"Juillet 1936.

A la lueur de la bougie, sur la table de la cuisine, Paul Perrin écrivait sur un cahier d'écolier, la langue sortie, le souffle court. De temps en temps, il émettait un gloussement de plaisir ou bien partait d'un grand éclat de rire. Un de ces rires sardoniques qui semblaient tout droit sortis de la folie des hommes." (p. 11)

La Clé USB
par
24 décembre 2019

L'homme qui raconte son histoire travaille à la Commission Européenne. Il est responsable d'une unité de prospective. S'intéressant de près aux question de cybercriminalité et de cryptomonnaies, il est approché par des lobbyistes. Se refusant à donner suite à leurs sollicitations mais néanmoins intrigué par l'un des deux hommes qui cherchent à l'amadouer, il accepte un premier rendez-vous. Bientôt, il trouve une clé USB que cet homme a perdu. Une fois ouverte, icelle le questionne et le poussera à visiter une société chinoise à peine dissimulée par l'entreprise lobbyiste.

Réussir à passionner un lecteur avec des données techniques, des explications sur le bien-fondé et le rôle de la prospective, sur les cryptomonnaies comme le bitcoin, et les lobbyistes qui hantent les couloirs des lieux de décision est un exploit que relève allégrement Jean-Philippe Toussaint. Mon seul -minime- regret est que le titre ne s'écrive pas La clef USB, je préfère le mot clef écrit avec "ef" plutôt qu'avec le simple accent aigu. Le reste est comme souvent chez l'auteur une histoire où un homme se questionne sur sa vie. Il doit comprendre ce qui est important pour lui, et l'épreuve de la clef USB est un déclencheur. Et comme souvent, il fait cela loin de chez lui, hors de ses habitudes et même hors de ses usages et de son confort, puisqu'entre la Chine et le Japon. Cette fois-ci le contexte est technique et moderne, un peu anxiogène, mais c'est aussi l'époque du tout numérique qui veut cela. Absolument toutes nos actions et transactions sont numérisées, mémorisées par nos ordinateurs, nos mobiles intelligents. Pour qui n'a rien à cacher c'est sans doute une évolution normale, mais subsiste un doute que toutes ces données soient mal utilisées. C'est dans ce monde virtuel qu'évolue le héros de ce roman, en proie également à des questions beaucoup plus personnelles. Tout arrive en même temps et lui dont le travail est de préparer l'avenir pour des nations se retrouve à douter du sien.

Chez JP Toussaint, il y a surtout une écriture, une musique qui me plaisent. Ce dernier roman est assez loin des premiers de l'auteur que j'ai lus : La salle de bain, Monsieur, L'appareil-photo, beaucoup plus proche de sa quadrilogie avec Marie (Faire l'amour, Fuir, La vérité sur Marie, Nue -pas encore lu). Quel que soit le sujet de ses romans, je plonge et me laisse prendre aux mots et phrases avec un grand plaisir. Une expression assez mauvaise dit que certains acteurs ont tellement de talent qu'ils pourraient réciter l'annuaire et captiver leur auditoire, elle pourrait être étendue à certains écrivains, dont JP Toussaint.

Chaos de famille
par
1 décembre 2019

"Mon Dieu, avez-vous vu ce que vous avez fait de moi ? Un gros machin avachi, pas beau à regarder, pas appétissant, qui a gaspillé sa jeunesse et près de vingt ans de sa vie à attendre le bon vouloir, le bon désir d'une épouse moins sensible aux caresses qu'une truelle de maçon ! Mon Dieu, à cause de cela je suis devenu un véritable obsédé des choses du sexe ! J'en rêve quand je dors, et je me réveille pour en rêver plus fort !" (p. 56)

Voilà un des nombreux monologues intérieurs de Eho -ainsi que l'appelle Camina sa femme qui n'a même plus besoin d'user de son prénom. Elle l'appelle, il accourt. Depuis dix-huit ans dont douze sans vie sexuelle. Eho doit subir en outre, la famille de Camina, frères et sœurs et mère, tous dépressifs et suicidaires, le père déjà suicidé, traçant la voie familiale.

Humour noir est-il précisé en quatrième de couverture. Noir, très noir et tellement drôle. Franz Bartelt s'en donne à coeur joie, il pratique une langue savoureuse, argotique, néologique, crée des personnages hors normes, hors de toutes conventions. Ils sont gros, moches, la mocheté n'étant pas la conséquence de la grosseur, non ils sont moches dedans et dehors et ce qui est dedans se voit à l'extérieur. Ils sont aussi cons, très cons même pour certains, et la connerie n'est pas, là non plus une conséquence de quoi que ce soit. Ils sont cons, c'est tout.

J'ai ri, mais j'ai ri. L'enterrement de Beignet, l'un des beaufs de Eho, est à mourir de rire et s'étale sur plusieurs pages. Il est loufoque, irrésistible, énorme. Le reste est dans le même ton. A la fin, l'humour plus noir, plus méchant revient, mais qu'est-ce que c'est drôle. A quasiment toutes les pages, il y a une situation, un bon mot, une phrase qui fait rire ou sourire. Et dans cette comédie noire, on sonde les plus bas instincts des uns et des autres : la bassesse, la jalousie, la cupidité, l'envie, ...

Lecture extrêmement plaisante, à cependant, ne pas forcément mettre en toutes les mains, les plus prudes ou les plus innocents, pourront y perdre des illusions ou rougir.