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Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

La traversée du Mozambique par temps calme, roman
par
4 janvier 2011

J'ai pris ce bouquin, sur le titre et sur un ou deux billets, notamment celui de bibliosurf. M'est avis que je n'ai pas lu le même livre. Dire que je suis passé à côté est un peu léger : au fur et à mesure de ma traversée des pages, je m'enfonçais de plus en plus dans un méandre d'incompréhension.Je n'ai jamais pu ressortir de la jungle pluyettienne et n'ai même pas atteint celle du Pérou ayant abandonné l'équipage encore sur le fleuve.

Loin de moi l'idée de dire que c'est un mauvais livre, puisque je ne l'ai pas fini et puisque je suis bien incapable de résumer ce que j'ai lu. Je ne comprends rien, je ne suis pas sensible à l'humour de l'auteur, que je trouve assez lourd et attendu.

Failles, Récit

Récit

Sabine Wespieser Éditeur

15,20
par
2 janvier 2011

Yanick Lahens est une écrivain et elle vit à Port-au-Prince. Suite au séisme, elle décide de rester, de porter secours selon ses moyens à qui le demande et surtout de continuer à écrire, au jour le jour, sur les Haïtiens, sur Haïti. Elle ne fait l'impasse sur rien et se pose même les questions les plus importantes : "pourquoi nous les Haïtiens ? Encore nous, toujours nous ? Comme si nous étions au monde pour mesurer les limites humaines, celles face à la pauvreté, face à la souffrance, et tenir par une extraordinaire capacité à résister et à retourner les épreuves en énergie vitale, en créativité lumineuse. (p.68) Sans rien éluder, elle scrute les différences entre les Haïtiens, partagés en deux, les Créoles, "ceux qui ont" et les Bossales, "ceux qui n'ont pas". Pourquoi, ce petit pays, la première colonie à avoir été indépendante ne réussit pas à vivre, tout simplement, mais use toute son énergie à survivre ? Yanick Lahens passe en revue, la politique, l'économie, les associations qui aident les sinistrés, mais qui les rendent également dépendants de leur aide : "Autant dire que nous sommes devenus à la longue des camés, dépendants d'une cocaïne, d'un crack qui s'appelle l'aide internationale. La reconstruction, la vraie, supposerait un accompagnement de qualité venu d'ailleurs (car nous avons besoin d'aide) mais précisément pour une cure de désintoxication qui passerait par les affres du sevrage avant le long chemin vers la dignité. On en est encore loin" (p.150)

Pas de misérabilisme, juste un constat : aidons les Haïtiens à vivre, à s'en sortir eux-mêmes ! Loin des discours habituels, Yanick Lahens insuffle une bonne dose d'optimisme et "une formidable force de vie." (4ème de couverture)

Pour conclure, une dernière citation de l'auteure -j'en ai déjà fait beaucoup, mais j'aurais presque pu citer tout le texte ! -qui résume la démarche d'écriture de ce livre : "Le 12 janvier, le temps s'est figé, chaque seconde lestée. Nous étions sans passé, sans avenir. Dans l'unique sidération de l'instant. Plombés dans un présent étroit et noir.

Toutes ces pages en deux mois et demi pour dire. Les mots sont sortis comme des éclats d'un corps. Certains projectiles m'avaient atteinte bien avant le 12 janvier et s'étaient ce jour-là seulement enfoncés plus profondément dans ma chair. J'en ai presque perdu le souffle et le sommeil, mais j'ai avancé. Je devais le faire. En dépit de mes propres failles Au bout du compte, me suis-je mise en danger ou en représentation, ou les deux ? Je ne sais pas." (p.143)

PS : Yanick Lahens est venue près de chez moi, à Nantes, pour poser la première pierre du futur mémorial de la traite des noirs et de l'esclavage. "Dans une ville par laquelle a transité [...] la moitié des bateaux négriers en route vers l'Amérique. Douze années de lutte de la municipalité pour remplir ce devoir de mémoire. Chapeau ! Pour moi, grande émotion sur le quai de la Fosse. Très grande émotion." (p144)

Mascarade
22,00
par
26 décembre 2010

Plus qu'un roman, Mascarade est un recueil de cinq longues nouvelles.

La première, Crapouillot, se passe dans les tranchées pendant la Grande Guerre. Crapouillot est un colonel qui trouve que son unité, bien qu'elle soit au front, ne s'engage pas assez. Il n'aura de cesse de tenter des incursions en territoire ennemi, de faire des prisonniers. Inutile de dire que Crapouillot n'est pas en odeur de sainteté auprès des hommes de troupe. Dans cette nouvelle, Gabriel Chevalier décrit un univers qu'il connait bien puisqu'il a fait la guerre 14/18 ; il fait part des pensées des soldats confrontés aux désirs de victoire et d'avancement personnel de leurs chefs : "Nous, trouffions, n'y mettions pas de vanité, absolument aucune. Mais nous étions exactement placés aux endroits où des vanités supérieures se cherchaient et s'assenaient des arguments massues. Nous prenions les berlingots sur le porte-pipe. Les spectaculaires explosions, si plaisantes à observer à la jumelle, nous procuraient la sorte de malaise que peut éprouver un équipage "naviguant toutes voiles dehors avec le sacré vieux typhon qui pousse au cul du rafiot" (expression du sergent Legonnec)" (p.32). Ecrit dans un style oral, assez proche de celui de L-F Céline, c'est un petit roman rapide, qui, par son écriture et non pas par ce qu'il raconte, prête à sourire.


La seconde, Tante Zoé, brosse le portrait d'une famille dont le père, Gilles Seringal, est fantasque. Toujours gai et entreprenant, il entraîne sa femme et ses enfants dans ses entreprises vouées à l'échec à peine mises en place. Les tantes de sa femme, vieilles, acariatres, envieuses et argentées ne l'aiment pas du tout et auraient aimé pour leur nièce un mariage plus en vue et plus tranquille, et un mari plus docile envers elles notamment. Tante Zoé déteste particulièrement Gilles Seringal. Lui, espère qu'elle décèdera vite, ainsi que les autres, pour hériter et se lancer dans d'autres aventures. Très drôle ce portrait de la vieille fille bigote, bourgeoise et coincée. Ecrit dans une langue beaucoup plus classique que Crapouillot, ce roman dont le narrateur est un fils de Gilles Seringal se déguste jusqu'à la dernière ligne.

La troisième, Le perroquet, et la quatrième, Le sens interdit sont un peu similaires. Chacune raconte l'itinéraire, d'un homme que rien ne prédestinait à devenir un salaud. Le premier, Ernest Mourier tue une vieille femme pour lui voler ses économies. Il se "rachète" et devient un employé, un mari, un père et un citoyen exemplaires, juste avant la seconde guerre mondiale. Le second, J-M Dubois, à la sortie d'un séjour en prison, en 1941, devient un des rois du marché noir et se retrouve pris entre sa femme et sa maîtresse. Chacun d'eux, prendra des positions particulièrement détestables, mais plus par contrainte que par choix. Gabriel Chevalier fait une démonstration que l'on devient parfois autre chose que ce que l'on est vraiment ; que les circonstances influencent nos décisions les plus élémentaires et nos avis. Le parcours de deux salauds ordinaires.

La cinquième, Le trésor, est l'histoire d'un vieil homme, qui au soir de sa vie, esseulé, décide de creuser un trou dans son jardin pour retrouver le trésor qu'il y a enfoui en 1910, soit 38 ans plus tôt. Ce trésor, légué par son père, il l'a enterré pour ne pas le dépenser ; depuis, toutes les décisions qu'il a prises l'ont été sachant qu'il avait sous les pieds de quoi faire face. Aujourd'hui, il veut le déterrer pour pouvoir en faire profiter deux de ses enfants, ceux qu'il préfère et qui ont le plus de diffcultés dans leurs vies. C'est, pour "le vieux", le moment de repenser à tout ce qu'a été sa vie : sa femme, ses maîtresses, ses enfants, la guerre (14/18), son entreprise, et puis son détachement de tout cela, brutalement lorsqu'il est entré dans la vieillesse : "Le vieux avait vécu dans la bousculade, incapable de choisir entre ce qui était valable ou pas, se laissant duper par des obligations futiles, des prétendus devoirs et des routines dévorantes. Bon époux, bon père, bon citoyen, bon officier, bon patron, et toute la ritournelle édifiante (avec ce qu'elle suppose d'hypocrisie) qui ferait l'objet du panégyrique sur sa tombe. Il s'était parfois mutilé au nom des ces stupidités." (p.263/264). Remarquablement écrite cette histoire tranche un peu sur les autres par sa profondeur visible, recherchée.

Gabriel Chevalier, surtout connu pour son roman, Clochemerle (paru en 1934) fait un constat amer de la première moitié du vingtième siècle : "Le vieux se rappelait son orgueilleuse allégresse de jeune homme, qui avait le sentiment d'aller vers un avenir merveilleux, dans une grande fierté commune de tous les êtres vivants, d'accord pour ennoblir la condition humaine. Et il avait vu, en trente ans, la stupidité gâcher tout cela. Il avait vu reparaître la cruauté et la barbarie, munies d'instruments de destruction dont elles n'avaient encore jamais disposé dans l'histoire. Il avait vu les catastrophes se succéder, les rêves avorter, les massacres s'étendre à des continents entiers. [...] La civilisation avait levé le masque et montré son vrai visage : le sort des hommes, c'était toujours le chaos et l'épouvante.(p.265).

Je n'avais jusqu'à ce jour rien lu de cet auteur, et je déplore mon inculture, car je viens de découvrir, quarante ans après sa mort (Gabriel Chevalier, 1895-1969) un très grand écrivain -on pourrait aujourd'hui lui reprocher un brin de sexisme, mais en 1948, la société n'était pas la même- qui maniait la langue française de manière admirable : Mascarade en est un bel exemple.

par
10 décembre 2010

Sur la couverture, il est noté roman de société, j'ai cru comprendre que cela signifiait que sur la base d'éléments concrets de la vie actuelle, l'auteur écrivait une fiction. Là, Caroline Bruno-Charrier part de faits avérés et de données réelles pour créer un roman d'anticipation. Elle décrit le quotidien de Jeanne et Pierre et celui d'Agathe et Jean, qui, eux, succombent aux sirènes de la consommation et achètent sans considération, produits manufacturés, voitures de luxe, et tout le confort disponible, pas forcément utile, mais tellement indispensable dans notre société de consommation.

Chacun fera sa vie en fonction des éléments météorologiques, géopolitiques qui découlent de nos modes de vie actuels.

Le roman n'est pas vraiment gai, car l'auteure pousse au paroxysme ce qui pourrait nous arriver si nous ne changeons pas immédiatement nos mentalités, notre consommation et nos actes de tous les jours : fonte des glaciers, assèchement des régions du sud, exodes des personnes, passions exacerbées (racisme, individualisme), extrême pauvreté, terrorisme, guerres de territoires entre les pays, éléments naturels totalement incontrôlables, géopolitique chamboulée et décideurs qui tentent de sauver ce qui peut l'être sans grand succès, ...

Les cent premières pages qui installent les personnages sont un peu longues, mais le plus intéressant du roman vient ensuite. A partir de données scientifiques, Caroline Bruno-Charrier nous prévoit donc un avenir apocalyptique, mais contrebalancé par des personnages optimistes dans l'adversité qui se relèvent malgré des mésaventures et des accidents de vie très graves. Les personnages sont hyperréalistes (une certaine naïveté dans la description de leur caractères que l'on pourrait reprocher à l'auteure) : j'avoue avoir été parfois déstabilisé par une manière de présenter les choses très différente de ce que je lis habituellement, autant dans le contexte que dans l'histoire des protagonistes. Malgré tout, j'ai eu l'envie d'aller au bout de ce roman, pas vraiment pour savoir ce qu'il advenait des personnages, mais plutôt pour connaître l'opinion de l'auteure sur notre avenir.

Très sensibles à la cause que défend Caroline Bruno-Charrier depuis plusieurs années, nous essayons de privilégier les maraîchers et producteurs locaux et les magasins bio, nous rénovons notre maison avec des produits naturels et bio (laine de chanvre, liège, ouate de cellulose, ...), etc, j'ai donc un a priori positif sur la démarche de l'auteure. Je n'ai pas encore poussé le raisonnement aussi loin qu'elle, à savoir me projeter dans l'avenir, mais ce livre nous fait absolument réfléchir sur nos gestes du quotidien et sur notre implication dans la destruction de la Terre. Un bon moyen de faire passer le message nécessaire et important de la sauvegarde de la planète : à lire, ne serait-ce que pour entamer, prolonger ou approfondir cette réflexion.

Les quatre morts de Jean de Dieu
par
10 décembre 2010

Andrée Chédid, dans un style à la fois simple et riche, avec de nombreuses références à la mythologie, à l'histoire, à la religion dresse un portrait d'un homme droit, bon et légèrement arc-bouté sur ses principes. Ses filles -et son fils- d'ailleurs le lui reprocheront qui s'en iront loin de lui pour ne plus subir sa domination. Un homme du début du siècle dernier : un patriarche !

Andrée Chédid aborde tellement de notions que j'ai peur d'en oublier ; Jean se pose des questions sur la religion, lui qui est devenu athée et qui s'oppose à sa femme et ses filles très croyantes et pratiquantes ; il s'interroge également sur le rôle de la poésie dans la société, le lien qu'elle a avec la science.

L'auteure décrit aussi l'absence de l'être que l'on perd, la peur qu'a Isabelita, la femme de Jean, de se retrouver seule, sa hantise de ne plus pouvoir toucher le corps de son mari. Malgré les attentions dont elle fait l'objet de la part de ses enfants et petits-enfants, malgré ses croyances en une autre vie après la mort, Isabelita est dans une souffrance qu'elle ne peut maîtriser : elle ne s'imagine pas vieillir seule. Jean lui manque. Sa présence physique.

La vieillesse est aussi un thème dont Andrée Chédid parle, très librement et très ouvertement. Elle qui, à quatre-vingt-dix ans continue à écrire admirablement et à raisonner d'une manière incroyable, elle nous donne à nous, ses lecteurs assidus d'environ la moitié de son âge -enfin, pour moi !-, une leçon de vie : "profitez de la vie" nous dit-elle. De chaque instant de votre vie. "Merci Madame Chédid, pour ce livre, mais aussi pour tous les autres" lui réponds-je, décidément toujours sous le charme de cette auteure, de son écriture et de son intelligence.

Un très beau roman sur la vie, la vieillesse et sur nos questions existentielles. Un très beau roman dont le fil rouge est tout simplement l'amour.