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sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Le temple des oies sauvages

Minakami, Tsutomu

Philippe Picquier

30 août 2020

Alors qu’il se meurt, entouré de ses élèves, les derniers mots du peintre Nangaku Kishimoto sont pour Satoko, sa maîtresse. Inquiet pour la jeune femme, le vieil homme la confie à son ami Jikai Kitami, le responsable du temple Kohôan. Satoko s’installe donc dans la partie résidentielle de ce temple qu’elle connaît bien puisque Nangaku y a réalisé de nombreuses peintures d’oies sauvages dont le réalisme est vanté par tous les visiteurs. Très vite, elle se lit à Jikai qui la convoitait depuis longtemps. Mais si les amants restent discrets, rien n’échappe à l’œil averti de Jinen, l’apprenti moine, second de Jikai. Cet adolescent au physique ingrat, pourvu d’une énorme tête sur un petit corps, inspire à Satoko des sentiments ambivalents, mélange de méfiance et de pitié. Elle s’émeut de le voir travailler du matin au soir, souvent brimé par Jikai, abandonné par ses parents, obligé de suivre un entraînement militaire en plus de ses corvées d’apprenti moine, mais en même temps, elle le soupçonne de les observer, elle et Jikai, lorsqu’ils s’abandonnent aux jeux du sexe. Pourtant, un jour, elle se laisse aller à le prendre dans ses bras pour le consoler. Un geste de pure compassion, mal interprété par Jinen qui décide de se débarrasser de son maître…

Huis clos meurtrier dans un temple kyotoïte. Trois personnages pris dans les tourments de la haine et de la passion, du pouvoir et de la soumission, de la beauté et de la laideur.
Même si Le temple des oies sauvages emploie quelques codes du polar, notamment la tension qui va croissant et, bien sûr, le meurtre, le roman s’en détache par sa résolution qui n’est pas le résultat d’une enquête policière mais dont l’explication est donnée en aparté par l’auteur qui ne s’embarrasse plus alors des codes mais livre telle quelle la résolution de l’énigme. Cette facilité n’est pourtant pas synonyme de déception tant l’écriture de Mizukami sait explorer la psychologie de ses personnages et dépeindre l’ambiance particulière qui règne dans ce temple. Entre Jikai, le moine libertin, la sensuelle Satoko et l’énigmatique Jinen se noue un équilibre que la jeune femme rompt d’un seul geste. Alors le pouvoir change de main. Jinen fait fi de son humilité, son obéissance, sa position au bas de l’échelle et commet l’irréparable. Revanche du faible sur le fort, du frustré sur le libéré, du serviteur sur le maître…
Un beau roman, délicat et intriguant, qui vaut plus pour son ambiance typiquement japonaise que pour son étiquette "polar".

Une saison à la petite boulangerie
23 août 2020

La vie est belle pour Polly, la boulangère de Mount Polbearne. Elle s’est installée avec Huckle dans le phare de l’île et vit de sa passion pour le plus grand plaisir des habitants qui se régalent de ses pains et viennoiseries. Pourtant ce bonheur simple et tranquille est mis à mal lorsque Mrs Manse, la propriétaire de la boulangerie décède brutalement. Son neveu prend les affaires en main et s’oppose d’emblée à Polly. Il veut faire des bénéfices rapides, quitte à baisser en qualité, déteste Neil, le macareux de Polly et finit par renvoyer la jeune fille qui voit son monde s’effondrer. Sans travail, comment rembourser les traites pour le phare ? Polly n’imagine plus sa vie loin de l’île et pourtant, elle est à deux doigts de tout perdre…

Retour à la petite boulangerie du bout du monde pour un deuxième tome dans la lignée du premier. On y retrouve Polly la boulangère, son petit ami américain, ses amis, ses clients, les pêcheurs et Neil, le macareux gourmand. Tout ce beau monde pourrait couler des jours heureux sans l’arrivée de l’odieux Malcolm, neveu de Mrs Manse. Un personnage détestable que Jenny Colgan a affublé des pires défauts. L’homme est, entre autres, vénal, vulgaire et paresseux.
L’auteure ne fait pas dans la nuance et les sentiments sont aussi bons que le pain qui sort du four de Polly. Cette dernière affronte d’ailleurs le méchant de l’histoire, le sourire aux lèvres et la larme à l’œil.
Une saison à la petite boulangerie est une lecture estivale, un passe-temps sympathique à lire sur un transat, avec, en prime, les embruns, voire les tempêtes des Cornouailles pour la note de fraîcheur. Il faut aimer le pain, la mer, les héroïnes un peu bécasses, les fins heureuses et ne pas s’offusquer d’un peu de niaiserie pour l’apprécier à sa juste valeur.

Voir du pays
18 août 2020

Trois jours à Chypre dans un hôtel de luxe. C’est le cadeau que l’armée offre à ses soldats après une campagne de six mois en Afghanistan. Trois jours pour décompresser, trois jours pour en parler, trois jours pour réapprendre à vivre. Fanny l’infirmière et Aurore et Marine les meilleures amies sont bien décidées à en profiter. Mais pour une femme, la guerre s’arrête-t-elle en zone de paix ? Il va falloir assister aux séances de débriefing, revivre ces six mois qu’on veut oublier, mettre des mots sur les silences, les petites trahisons, les lâchetés et surtout faire face à l’adversité, au fait d’être une femme dans un monde d’hommes.

Engagée dans l’armée après un drame personnel, Marine est la fille solide, pragmatique, la dure à cuire qui a grandi dans une famille de militaires. Elle sait qu’il faut garder la tête froide, subir et se taire.
Aurore a suivi Marine, par amitié, par désœuvrement et pour "voir du pays". Pour elle qui a grandi dans une cité avec une ribambelle de frères et sœurs, une mère épuisée et un père plus souvent en prison qu’auprès des siens, l’armée a été le moyen de quitter l’ennui de Lorient, de quitter son milieu, de s’élever, de fuir.
Et puis il y a Fanny, la fleur bleue au cœur d’artichaut. Fanny qui est venue en Afghanistan pour aider les populations locales mais aussi pour trouver l’amour… peut-être. Une femme fragile qui sait pourtant tenir tête aux mollahs afghans.
Toutes trois ont connu l’enfer, la peur, le sang. Les missions à l’extérieur du camp qui tournent au drame, les blessés et les morts. La population dont on ne sait si elle est amie ou ennemie ; ces afghans qu’on est venus sauver malgré eux. L’ennui qui rend fou, qui conduit au harcèlement des plus faibles, à des conduites monstrueuses. Quand l’homme devient une bête…
Mais si cette guerre absurde a bousculé les trois femmes dans leurs certitudes, a mis à mal leurs valeurs, leurs rêves, leurs conceptions de la vie et du monde, le retour à la vie dite normale ne se fait pas non plus sans heurts. Pour tous ces soldats, Chypre est un sas de décompression et la tension est palpable. Ils ont encore un pied dans la guerre et l’alcool aidant, la violence devient leur seul mode d’expression.
Et même si elles ont fait leurs preuves sur le terrain, Marine, Aurore et Fanny restent des femmes parmi les hommes. Elles ont grandi en sachant qu’une femme est toujours en danger, toujours une proie potentielle et malgré l’entraînement, le treillis, les exploits, elles apprendront que pour une femme l’enfer est partout, même au cœur du paradis.
Un roman court mais riche, dur, féroce. Il nous parle de l’absurdité de la guerre, des horreurs commises au nom de la paix, de l’homme qui est un loup pour l’homme, et encore plus pour la femme. Fort et dérangeant.

Notre-Dame de Paris
18 août 2020

Peu importent les processions, cérémonies et autres célébrations, quand Esméralda danse avec son tambourin et sa chèvre sur le parvis de Notre-Dame, tous les yeux sont rivés sur la belle bohémienne. Les femmes médisent d’elle, les hommes la convoitent. De Claude Frollo, l’archidiacre qui a tenté de l’enlever à Gringoire le poète qu’elle a épousé pour le sauver des truands de la Cour des miracles, en passant par Quasimodo, le sonneur de cloches bossu, borgne et boiteux, nul n’échappe aux charmes de celle qu’on appelle aussi l’Égyptienne. Pourtant, le cœur d’Esméralda ne bat que pour le capitaine de la garde, le beau Phoebus de Châteaupers.

Roman d’amour, roman historique, roman monumental dans tous les sens du terme, Notre-Dame de Paris est un livre qui s’apprivoise. L’écriture y est riche, parsemée de citations latines et s’échappant souvent en longues digressions bien éloignées d’Esméralda et de ses prétendants. Victor Hugo a bien des choses à dire…sur Notre-Dame, d’abord, et les restaurations qui l’ont défigurée, sur l’architecture, l’imprimerie, sur Paris, le Moyen-Âge, sur la religion et l’Église, les puissants et les miséreux, la justice, la peine de mort, etc.
Parfois on s’y perd, parfois on s’ennuie… Mais Hugo nous ramène dans le giron de la cathédrale, nous envoûtant avec ses personnages attachants, irritants, aimables ou détestables. L’amour et ses pièges, ses mirages, ses obsessions, ses trahisons y côtoient l’amour le plus pur, le plus désintéressé, le plus noble. Mais quand on aime, on ne fait pas toujours les bons choix. Esméralda l’apprendra de cruelle manière car on n’est pas ici dans la bluette, dans la comédie musicale, dans le monde de Disney. Ici règnent la misère, la cruauté, la folie et la mort rôde.
Hugo donne la parole au peuple de Paris. Sa princesse est une bohémienne, son prince un bossu. C’est eux qu’ils parent de la générosité, de la bonté, de l’humanité. Mais son personnage le plus beau, le plus grand, reste la cathédrale ; Notre-Dame la sombre, la vieille, la laide que certains voudraient voir raser et que l’auteur défend bec et ongles. Il en fait le lieu de toutes les passions où cohabitent le Bien et le Mal, l’ombre et la lumière, le beau et le laid.
Quand on sait que son récit a contribué à sauver l’édifice, on ne peut que louer la force d’évocation et de persuasion de l’auteur.
Ce grand roman se doit d’être lu, malgré ses défauts, malgré les envolées lyriques, les digressions, la lourdeur parfois de l’écriture.
Parce qu’il a sauvé Notre-Dame, parce qu’il donne voix aux petites gens, parce qu’on se laisse entraîner dans la ronde de sa ribambelle de personnages, parce qu’il fait partie du patrimoine français.

La petite boulangerie du bout du monde
13 août 2020

Dynamique et prospère, la petite entreprise de graphisme de Polly et Chris n'a pas su résister à la crise économique de 2008. Malgré tous les efforts de la jeune femme pour maintenir à flots leur activité et soutenir son compagnon en pleine déprime, il a fallu fermer boutique et renoncer à leur appartement flambant neuf, aux sorties entre amis, aux restaurants branchés, aux voitures haut de gamme et même à leur couple qui s'est délité au fil du temps et des problèmes. Honteuse et désargentée, Polly a bien essayé de se reloger à Plymouth mais devant le prix des loyers, elle a aussi renoncé à s'installer en ville. Contre l'avis de tous, Polly a choisi Polbearne, une minuscule île des Cornouailles, reliée au continent par une route submersible. Dans l'unique petit bourg, battu par les vents et les flots, Polly va tenter de se reprendre en main, de se reconstruire, d'oublier son naufrage. Et la meilleure thérapie pour cette amoureuse du pain, c'est de pétrir, enfourner et déguster du pain sous toutes ses formes. Très vite, les îliens frappet à sa porte, attirés par les odeurs alléchantes de ses fournées, au grand dam de Mrs Manse, sa patibulaire propriétaire, boulangère de son état, qui l'accuse de vouloir sa ruine. Mais il est déjà trop tard...Les pêcheurs du port, le vétérinaire, l'épicière et bien d'autres deviennent de fidèles clients et Polly retrouve le goût d'une vie simple et authentique dans ce lieu isolé qui pourrait bien devenir son nouveau chez elle.

Une parfaite lecture estivale, sans besoin de réfléchir ou d'analyser, juste le plaisir de se laisser porter par l'odeur de l'iode et du pain, les embruns, la pluie, le vent, les bons sentiments.
Alors bien sûr c'est de la chick lit, on n'échappe pas aux poncifs du genre avec une héroïne gentille, godiche et larmoyante, quelques épreuves amoureuses avant de trouver ''le bon'', la copine excentrique qui a du caractère, l'ex qui essaie de s'imposer, etc. Mais Polbearne vaut le détour. On aime cette petite île, son port de pêche, ses habitants, son mode de vie, son isolement, ses paysages et, bien sûr, sa petite boulangerie.
Un voyage gourmand en Cornouailles, rafraîchissant et dépaysant où l'on croise, entre autres, un fantôme, un macareux domestique, un pêcheur aux yeux bleus, un apiculteur américain, et tous les pains de la création. Un bon moment de détente.